L'Arbre à Palabres - Groupes de parole
Il y a des mots qui sonnent bien comme "groupe" ou "parole". Employés seuls, ils évoquent l'appartenance, la solidarité, l'acceptation inconditionnelle, la liberté, l'ouverture aux autres et bien d'autres choses dont nous rêvons tous.
Pourtant, si ces mots sont réunis, ils peuvent faire peur. Essayons avec les mêmes : "groupe de parole". Quel effet cela vous fait-il ?
- "Ah, non alors ! Parler ! Dans un groupe ! Moi, je ne pourrais pas. Je suis trop timide."
- "Et puis, ces gens je ne les connais pas ! Je n'ai pas envie de leur raconter ma vie."
- "Entendre les malheurs des autres, ça ne m'intéresse pas. Les miens me suffisent."
etc. etc. etc.
Ce sont les commentaires que nous pouvons entendre lorsque nous proposons à quelqu'un de participer à un groupe de parole.
Et pourtant... le groupe de parole correspond bien à toutes les évocations suggérées individuellement par les mots "groupe" et "parole". Alors pourquoi leur alliance change-t-elle l'impression qu'ils nous laissent ?
En Afrique, la tradition est très importante. Il existe dans chaque village un arbre, sous lequel se réunissent les habitants pour s'exprimer librement sur la vie en société, les problèmes du village, la politique, etc. Ce mode d'expression s'appelle la palabre et l'arbre, généralement un baobab est baptisé "l'arbre à palabres". Mais la palabre revêt parfois des aspects particuliers comme dans le cas du "débo" éthiopien, par exemple. Le mot désigne une institution d'entraide collective où les villageois se rassemblent pour aider un voisin à mener à bien un gros travail. Le "walle" est le responsable de la palabre. Bon parleur et bon chanteur, c'est lui qui trouve les mots d'encouragement quand la tâche devient trop pénible.
C'est exactement ce qui se passe dans un groupe de parole. Chacun des participants a une tâche difficile à accomplir pour lui-même. L'apport des autres va l'aider à avancer sur son chemin. Et, lorsque cela devient trop pénible, le facilitateur va l'accompagner pour alléger le poids des mots.
C'est pour toutes ces raisons que j'ai baptisé les groupes que j'anime "l'arbre à palabres". J'essaie qu'ils soient à l'image de ce rassemblement du bout du monde et qu'ils entrent dans la tradition de mon cabinet.
